Omar Ba : la voix de la dissuasion

Influencer autrui dans une prise de position n’est pas chose aisée. Il est très difficile de convaincre par des mots une personne qui pense poser un acte salvateur. C’est dans cette position que se trouvent de nombreux jeunes dans leur quête de l’eldorado. L’Europe représente pour eux un lieu de prospérité et de richesse infinie. Ainsi, conscient que ces derniers risques de sombrer dans un mirage, Omar Ba expose dans Je suis venu, j’ai vu, je n’y crois plus (2009), des arguments de dissuasion basés sur son propre vécu.

Issu d’une famille modeste, Omar Ba  a connu la pauvreté dans sa plus simple définition. Le cadre social dans lequel il a vécu présentait une Europe de toutes les possibilités. Il ne la connaissait pas. Mais il était certain qu’elle lui offrirait sur un plateau d’argent tous ses rêves. Que fut sa surprise de découvrir une fois dans ce continent, des formes de misère insoupçonnées. De son expérience, il entend faire prendre conscience à la jeunesse africaine du prix que lui coûterait une obstination à s’installer dans l’ancien monde.

 Je veux que mon expérience leur ouvre les yeux sur la vraie Europe, celle-là qui prend en otage, qui éloigne de l’Afrique et qui ne tient pas ses promesses d’une vie paradisiaque, et se rapproche plutôt de l’enfer. (P. 27).

Le plus difficile selon Omar Ba dans cette société étrangère est le silence et l’indifférence qui y règnent. En Afrique la chaleur humaine est en tout lieu présente. On se rend constamment visite. On entre et ressort chez les voisins comme si on faisait partie de la même famille. On s’accoste dans les rues comme des connaissances de longue date. Pourtant, dans le vieux continent, l’individualisme a fait son siège.

Un continent ordinaire fait d’échecs et de souffrances

Pour un africain, avoir un lopin de terre sur le sol européen est un parcours miné. Pourtant, dans de nombreux pays africains, il est plus facile de louer ou d’acheter un terrain où débuter une activité agricole. Omar Ba explique qu’avec la somme utiliser pour aller dans les pays du Nord, de façon clandestine principalement, l’africain peut investir dans l’agriculture et s’y épanouir. Chez lui, il peut se loger dans la grande concession familiale. Il peut s’installer chez un parent pour y passer des nuits. De l’autre côté, les immigrés vivent dans des espaces très confinés. Trouver un hébergement décent et abordable dans les grandes villes européennes est difficile même pour certains blancs qui y sont. Les noirs font face à un racisme flagrant qui complique l’acquisition de biens de grande valeur.    

Comme de nombreux africains, Omar Ba avait longtemps cru en la prétendue superpuissance de l’Europe. Que fut sa surprise lorsqu’il constate que sa population est loin de vivre confortablement. Les européens qui viennent passer les vacances en Afrique bénéficient des privilèges qu’ils n’ont pas toujours chez eux. Ils ont, pour beaucoup, accès à un luxe inaccessible dans leur continent. Leurs dépenses sont les fruits de nombreux mois de travail acharnés.

 J’ignorais que ces touristes d’un mois triment pendant les onze autres de l’année. Ils font partir de ceux qui se lèvent tôt et rentrent très tard le soir. Ce sacrifice est indispensable pour économiser la somme nécessaire à ces vacances qui me faisaient tant fantasmer.  avoue l’auteur (P. 87).

Omar Ba passe également un message aux jeunes désireux de séduire de belles européennes. Il explique qu’il n’en sera pas ainsi pour la plupart. D’ailleurs pour « un petit regard lascif » écrit-il, ces africains risquent « être poursuivi pour harcèlement sexuel » (P. 114). Ces femmes sont, autant qu’eux, occupées à améliorer leur condition de vie.

Dans Je suis venu, j’ai vu, je n’y crois plus, Omar Ba porte un objectif : « que cesse cette ruée vers l’Europe, que nul africain ne puisse dire « je ne savais pas » » (P. 103). Il condamne et dévoile une situation qui continue à arracher violemment à l’Afrique sa principale richesse : la jeunesse. De ce fait, la démarche qu’il engage dans son livre, est essentiellement d’intérêt humanitaire. Ainsi, Omar Ba, la voix de la dissuasion, espère contribuer à la lutte contre les ravages de l’immigration clandestine